Luc Gruson
Luc Gruson évoque la création de la Cité nationale de l'immigration, son lien avec l'association Génériques, la patrimonialisation de l'immigration, et l'aspect européen de la situation des musées sur l'immigration.
Des ressources pour l'histoire de l'immigration
Luc Gruson évoque la création de la Cité nationale de l'immigration, son lien avec l'association Génériques, la patrimonialisation de l'immigration, et l'aspect européen de la situation des musées sur l'immigration.
« A partir de l'exemple de la communauté juive égyptienne, dispersée hors d'Égypte à la suite d'une succession d'événements politiques ayant secoué l'Égypte (1948, 1956, 1967) et dont une partie s'est installée en France, je souhaiterais aborder la manière dont cette dernière s'est rassemblée à la fin des années 1970, en s'appuyant sur des mouvements associatifs, autour d'un projet commun : sauvegarder les éléments d'un patrimoine juif égyptien dont il s'agissait de définir la spécificité, notamment par rapport aux patrimoines des autres diasporas juives; et écrire l'histoire des juifs d'Égypte en tenant compte de la complexité de l'identification au judaïsme et à l'Égypte. »
Extrait du texte de Michèle Baussant
« Après avoir travaillé de nombreuses années sur l'histoire de l'immigration, de la colonisation et de la période postcoloniale, nous nous interrogeons sur la signification d'un « patrimoine de l'immigration ». Qu'est-ce qu'un « patrimoine de l'immigration » ? S'agit-il de lieux de mémoire, des objets, artéfacts, témoignages, archives, etc ? Mais en quoi ces corpus appartiennent-ils à l'histoire de l'immigration ? Et en quoi appartiennent-ils, aussi, à d'autres histoires ? »
Extrait du texte de Nicolas Bancel et Pascal Blanchard
« Le texte qui suit développe les idées que j'ai exprimées lors de mon intervention orale au colloque de Génériques. Il s'agit d'une tentative de provoquer une réflexion collective sur la valorisation réciproque du patrimoine des territoires et du patrimoine des immigrés comme processus d'intégration de ces derniers au sein de la communauté locale. Même si le thème du colloque portait sur le patrimoine de l'immigration, il m'a semblé qu'il n'était pas possible de passer sous silence l'importance du patrimoine des immigrés eux-mêmes dans leurs rapports et leurs interactions avec le patrimoine des territoires que l'on dit d'accueil.
Je ne m'appuie pas sur des recherches scientifiques, ou sur des expériences spécifiques, mais sur une pratique personnelle, tant professionnelle (comme agent de développement) qu'associative (dans des mouvements de solidarité avec les migrants). »
Extrait du texte d'Hugues de Varine
« Si « l'émergence d'un patrimoine de l'immigration conduit à s'interroger [...] sur le concept de patrimoine », les acteurs et les modes de transmission de ce « patrimoine », en tant que capital symbolique et social, restent dans une large mesure peu interrogés. « Facteur d'intégration dynamique et de cohésion sociale (?) », mais tout autant générateur d'ambivalences et de paradoxes... Sous cet angle, et à travers les rapports construits au « patrimoine linguistique (langues dites d'origine) et religieux », je me propose dans le prolongement de travaux et d'observations de terrain, d'interroger le rôle et le statut de ce patrimoine, dans la genèse et les processus d'élaboration identitaires chez les jeunes (notamment les jeunes des familles d'origine marocaine). »
Extrait du texte d'Abdellatif Felk
« S'agissant des populations immigrées, il est un fait incontestable qu'il s'est opéré un tournant ces dernières années autour des enjeux de la mémoire et de l'histoire de l'immigration, en lien avec la maturité ou le renouvellement des générations d'immigrés et de la stratification sociale qui s'est opérée en son sein, constatable par l'élévation du niveau d'étude et par l'existence de couches appartenant aux classes moyennes salariées ou indépendantes.Des configurations mémorielles et partant patrimoniales se font jour : sans préjuger de la coupure par trop formelle instituée entre le haut et le bas, l'on peut s'interroger sur les incidences de ces configurations plurielles sur les représentations sociales communément véhiculées sur l'immigration. »
Extrait du texte de Sabah Chaïb
L'importance des étendards Polonais a-t-elle été apportée de Pologne ou aussi du Nord de la France ? (question pour Monika Salmon-Siama)
Avez-vous une idée du nombre de prêtres belges qui auraient encadrés le départ des immigrants belges ? (question pour Henk Byls et Karim Ettourki)
Peut-on appliquer la même grille de lecture sur le discours nostalgique avec les écrits d'Irene Iérémoski ? (question pour Natalia Starostina)
L'oeuvre catholique des migrations.
Intervention de Brahim Messaouden.
Quel lien existe-t-il entre le partage du patrimoine d'un coté et la circulation des mémoires d'un autre côté, notamment par rapport aux contraintes de la crise en Europe ?
Quels sont les usages des lieux de mémoire aujourd'hui ? Comment est-ce qu'au delà de ces actes symboliques les gens se réapproprient ces lieux ? (
Péroline Barbet, Centre des musiques traditionnelles Rhône-Alpes).
Quels publics avez-vous identifiés pour l'exposition du musée de Bretagne ? (question pour Françoise Berretrot)
Prenez-vous en compte dans les archives tout ce qui concerne les sites internet, des données qui bougent beaucoup ? Cette nouvelle technologie influe-t-elle sur les archives papiers ? (question pour Thierry Guilpin)
Exposition Migrations : mettre en rapport migration et immigration est une riche idée, avez-vous d'autres exemples de ce type d'approche ? (question pour Françoise Berretrot)
Les archives des trois associations dont vous parlez sont-ils des dons ? (pour Thierry Guilpin)
Avez-vous une relation trans-nationales avec des pays d'émigrations et d'immigration ? A qui s'adressait si l'on veut effectuer un don, à Génériques ou aux Archives nationales ? (pour Thierry Guilpin)
Intervention sur la différence entre un don et un dépôt.
Avez-vous recueillis des objets ou des témoignages d'associations ou de migrants de l'intérieur, de bretons venus par exemple à Paris ? (question à Françoise Berretrot)
Cette exposition est-elle conçue pour être itinérante ? (question à Françoise Berretrot).
Le colloque européen «Patrimoine de l'immigrationen France et en Europe : enjeu social et culturel» fut organisé par l'association Génériques à la maison de l'Europe à Paris les 11 et 12 décembre 2012. Ce colloque avait pour objectif de développer la connaissance sur le patrimoine de l'immigration et d'interroger et de croiser les pratiques de ceux et celles qui y travaillent au niveau local, national, transnational et européen. Il avait également pour objectif de contribuer à définir l'état des recherches sur les enjeux du patrimoine de l'immigration et sur la place de l'immigration dans les politiques de patrimonialisation en France et en Europe.
Les communications présentées lors de ce colloque ont mis en exergue les enjeux importants autour de la question de la place de l'immigration dans le patrimoine national. En effet, alors que l'immigration est longtemps restée inscrite dans une invisibilité liée à une certaine conception d'une immigration dite « de travail » dans laquelle était occultée la dimension humaine, culturelle, sociale, affective & des immigrés, l'immigration en France a, depuis quelques années, acquis une certaine reconnaissance patrimoniale. L'idée que le patrimoine national comporte aussi des éléments liés aux apports culturels et identitaires de populations venues d'ailleurs paraît aujourd'hui acquise, même s'il faut reconnaître que de nombreuses questions demeurent ouvertes.
Qu'est ce qui se transmet dans l'immigration ? Qu'est-ce qui se transmet de l'immigration ? Comment émerge la conscience de l'existence de ce patrimoine ? De quelle nature sont les lieux de la transmission : familiaux ? Éducatifs ? Est-ce de cette transmission que naît le patrimoine ? Ou alors la patrimonialisation relève aussi de l'action d'autres acteurs, d'autres enjeux autour de la transmission de ces héritages ? Mais alors comment, par qui et surtout, pourquoi et pour qui, puisqu'aussi bien l'histoire de l'immigration ne saurait être écrite pour (et par) les seuls descendants d'immigrés ? Est-ce parce que le patrimoine de l'immigration peut être facteur d'intégration dynamique et de cohésion sociale ? Quelle histoire le patrimoine de l'immigration raconte-t-il ? Ou à l'inverse, quelle histoire se raconte (et se légitime) à travers lui ? De quelle manière, pour qui et pourquoi ? Quel rapport la mémoire, qui, depuis les années 1980, a investi le champ historique et l'espace public, a-t-elle avec le patrimoine, et quel rapport celui-ci entretient-il avec la mémoire et l'histoire ?
Toutes ces questions et les enjeux qu'elles révèlent étaient au cœur des discussions de ce colloque qui a rassemblé près de 30 spécialistes du patrimoine et de l'immigration: acteurs associatifs et culturels, pouvoirs publics, institutions patrimoniales, universitaires... provenant de pays divers (France, Belgique, Luxembourg, Grande-Bretagne, Suisse, Maroc, Algérie et Etats-Unis).
L'ensemble des présentations ainsi que des extraits des tables rondes et échanges avec le public qui suivaient les présentations sont mis en ligne dans cet inventaire.
Michel Aubouin parle de l'appartenance, les origines, qui renvoient directement à l'histoire. Travaux et paroles doivent se poursuivre pour que leur message soit compris. Il évoque ensuite sa légitimité personnelle à participer à ce colloque. Il introduit pour finir le thème du colloque sur la gestion du patrimoine.
Jamel Oubechou prend la parole et commente le propos de Michel Aubouin, notamment sur la transmission du patrimoine.
« Ces dernières décennies, les migrations attirent en Europe une nouvelle attention historiographique. Là où autrefois cette réalité n'était qu'un élément, voire un appendice de l'histoire sociale, cachée dans les rapports généraux du « principal-agent » (S. Bowles, The New Economics of Inequality and Redistribution, 3.), elle est devenue, aujourd'hui, un vaste terrain de recherche indépendant. De ce fait, le cadre d'analyse institutionnel et socio-économique s'est élargi, avec d'autres variables de recherche, principalement de nature culturelle. En un mot, le migrant, autrefois caché dans les rouages des organisations émancipatrices, comme par exemple les syndicats, est aujourd'hui envisagé dans ses propres caractéristiques. »
Extrait du texte de Henk Byls et Karim Ettourki
Héléne Hatzfeld fait une conclusion des trois précédentes interventions en reprenant la titre de cette table ronde : entre voix et voies du patrimoine.
« Des données démographiques et ethnographiques sur la Roumanie du XIXe siècle peignent le tableau d'une situation urbaine caractérisée par un taux élevé de diversité ethnique et culturelle, surtout à Bucarest, la capitale du nouvel État roumain, à la suite de plusieurs siècles de longues vagues de migrations réparties à travers l'Est et le Sud-Est du continent européen. La panoplie des ethnies s'entrecroisant à Bucarest durant le XVIIIe et le XIXe siècle contient un grand nombre d'individus en provenance des Balkans (représentant la proportion la plus saisissable d'immigrants- Grecs, Bulgares, Albanais, Turcs), suivis de près par des Ukrainiens, Russes, Tatars, Arméniens et Juifs et, à partir de 1830, des Allemands, Italiens, Français, Anglais, Polonais. (&) On se propose donc d'illustrer comment le problème de la richesse du patrimoine immigrant urbain de la capitale roumaine du XIXe siècle a été au cœur du projet de construction sociale et politique de l'époque. »
Extrait du texte de Anca Pop