« Depuis la fin des années 1980 et le début des années 1990, on assiste à une inflation croissante sur l'histoire et la mémoire des immigrations en France voire en Europe. Sur le plan national, l'inauguration de la « Cité nationale de l'histoire de l'immigration » (CNHI), en 2007, témoigne de la connaissance et de la reconnaissance des apports migratoires successifs participant ainsi à la constitution de l'identité(s) française conjuguée au passé et au présent pluriel. Sur le plan régional, on observe également, depuis la fin des années 1990 notamment, un intérêt grandissant commun et partagé de la part des politiques publiques régionales (particulièrement à travers l'Etat et les collectivités locales), favorisant, en effet, un soutien conséquent aux actions socioculturelles renvoyant au processus de la patrimonialisation de l'immigration. »
« L'objectif de cette communication est de contribuer à la réflexion sur le patrimoine de l'immigration au travers de l'exemple du site internet Migrations à Besançon. Nous présenterons dans un premier temps le contexte bisontin dans lequel s'inscrit cette réalisation. Mis en ligne fin 2007 par le Centre Communal d'Action Sociale (CCAS) de la Ville de Besançon, le site se veut être un site collaboratif et participatif où chaque Bisontin peut apporter sa contribution à l'histoire et aux mémoires des migrations. Nous évoquerons les différents types de contributeurs du site, la communauté virtuelle et réelle qui s'est formée grâce à son ancrage local. Nous verrons ainsi dans un deuxième temps comment Internet et les nouvelles technologies jouent un rôle fondamental dans la réalisation des différentes actions de collecte, de sauvegarde et de valorisation des contributions. Nous essayerons de montrer comment ces actions ainsi qu'une entreprise de numérisation et de mise en ligne des archives publiques et privées s'inscrivent dans une démarche de réappropriation de la production du patrimoine par les acteurs eux-mêmes. »
Extrait du texte de Marion Perrefort et Frédéric Spagnoli
« Le Plateau Bourbon, aménagé au début du XXe siècle constitue un des fleurons touristiques de la Ville de Luxembourg. L'office national du tourisme y propose un circuit qui met en valeur son patrimoine architectural particulier. Cette patrimonialisation se fait toutefois sans référence à une dimension migratoire significative sans laquelle les immeubles de prestige et les maisons de maître qui caractérisent ce quartier n'auraient pas pu voir le jour en une petite décennie. »
« A travers les phases historiques socio-économiques et politiques à l'origine du développement de l'immigration, l'image des maghrébins a subi diverses formes et représentations dues aux prismes socioculturels véhiculant diverses idées anthropologiques régnantes, au moyen de mass-médias... Du postulat d' « intégration et/ou assimilation » au constat de « la différence » à la reconnaissance d'un patrimoine véritable, s'est peu à peu développé un « syncrétisme » mêlant apport de valeurs culturelles sociales, voire religieuses, dans lequel est enfin reconnu l'apport patrimonial de l'autre. »
Jamel Oubechou présente l'association Génériques : origines, missions, activités. Comment le patrimoine de l'immigration entre t-il dans le patrimoine national ?
« Avec cette grande exposition de 600 m, le musée de Bretagne, musée de société, choisit d'interroger l'émigration bretonne et l'immigration en Bretagne depuis le 19ème siècle jusqu'à nos jours. Parce que son propos touche d'abord au vécu, le musée de Bretagne a fait appel à la contribution publique volontaire pour étoffer la matière de l'exposition. »
« Le support spécifique de la mémoire, comme un étendard associatif, constitue le point de départ d'une interrogation approfondie sur les lieux et les objets qui participent au processus de patrimonialisation des mémoires de la migration. Les images brodées et les inscriptions en langue ancestrale qu'ils transmettent ne résistent pas au temps, et l'efficacité de leur attrait immédiat s'évapore. D'autant plus que la quatrième et la cinquième génération des immigrés polonais venus massivement dans le Nord-Pas-de Calais au début des années 20 du siècle dernier ne maîtrisent plus la langue de leurs pères. Jadis moteur de la vie communautaire, le monde associatif franco-polonais local n'attire plus les jeunes et, par conséquent, n'assure pas la pérennité de la transmission de sa mémoire. Et bien que l'on assiste à la dilution des cultures d'origine, les éléments du patrimoine sont-ils toujours en mesure de réactiver le souvenir du passé auprès de ce nouveau public ? Est-ce que l'image, la photo, le support visuel concret, est capable de fixer les référents d'une mémoire commune ? »
« Dans le cadre de mon travail sur l'identité nationale des Polonais à Paris à partir de l'exemple de l'environnement social de l'église dite « polonaise », dédiée à Notre-Dame de l'Assomption, j'ai eu occasion de regarder de plus près les pratiques de la création du patrimoine de l'immigration. Je me suis rendu compte très vite qu'il existe deux sources de représentation de la culture, venant de deux directions opposées : du milieu officiel du clergé (d'en haut) et du groupe informel des Polonais qui viennent à l'église (d'en bas). Ces deux forces créatrices, par leurs actions et leurs pratiques, interviennent sur l'espace du bâtiment et de son environnement immédiat, en les façonnant à leurs modes et pour leurs propres usages. Je propose donc d'envisager la confrontation entre les pratiques officielles d'un lieu du patrimoine de l'immigration et les initiatives informelles des immigrants, mais du point de vue de l'anthropologie de l'espace, pour montrer la dynamique de ce processus, à partir de l'exemple de cette église. »
Le 28 février 1989 est inaugurée au musée d'histoire de Marseille l'exposition « France des étrangers, France des libertés : presse et communautés dans l'histoire nationale ». Portée par Génériques, une jeune association regroupant des militants, des journalistes et des chercheurs, et soutenue par les pouvoirs publics et différents partenaires du monde de la recherche, l'exposition raconte l'histoire de la presse publiée par les étrangers en France depuis 1830. L'objectif de cette exposition, d'après ses organisateurs, est de faire connaître et de partager avec un large public la longue histoire de l'immigration et la participation des étrangers à la vie culturelle, syndicale, associative et politique française. Plusieurs conférences et débats ouverts au public accompagnent l'exposition. Au programme de ces conférences, auxquelles participent des spécialistes de l'immigration, la réussite scolaire des enfants d'immigrés ou l'intégration des immigrés. »
« Au milieu du XIX° siècle, une usine chimique à base de sel s'implante dans un lieu inhospitalier et désert, en Basse Camargue. Salin-de-Giraud est ainsi créé de toutes pièces autour du site industriel pour y loger les ouvriers dont, après la guerre de 14-18, des centaines d'immigrés venus de tous horizons. Parmi eux, des Grecs du Dodécanèse ou d'Asie Mineure que la compagnie Péchiney installe avec leurs « frères arméniens » échappés du génocide dans un quartier dit « la petite Kalymnos » du nom de l'île des pêcheurs d'éponges dont la plupart sont issus. Ils y vivront en monde clos, conservant leur langue, leurs pratiques religieuses et culinaires jusque dans les années 60. Aujourd'hui, les Salins-du-Midi (derniers propriétaires du site) envisagent de cesser leur activité déjà réduite à la portion congrue. »
« L'intervention propose, à travers la présentation de reproduction de documents, d'illustrer la richesse de (...) fonds d'associations : organisation de manifestations culturelles, de colloques et de débats ; mise en place de comités de soutien de d'actions de solidarité ; développement de projets sociaux-éducatifs... »